Ça y est, la loi Hadopi vient d'être votée. La majorité est faible au regard de l'arsenal médiatique déployé et des pressions exercées.
Si vous ne l'avez pas encore remarqué, je suis contre cette loi qui, si innocente puisse-t-elle paraitre (parce-que finalement, on ne parle que de chansons et de films, non ?), remet en cause certains principes fondateurs du droit Français :
- elle remet en cause la présomption d'innocence
- elle renverse la charge de la preuve : on s'est trompé, tu n'es pas coupable ? prouve-le !
- elle introduit une justice parallèle autorisée à violer, sans décision de justice, le secret des communications
- elle introduit une double peine
Et si ça ne suffisait pas, elle est complètement irréaliste techniquement :
- elle s'appuie sur l'adresse IP pour identifier un internaute : ce n'est pas fiable
- elle prétend pouvoir détecter un téléchargement illégal (qu'est-ce qui distingue un MP3 légal d'un MP3 illégal ?) : techniquement fantaisiste
- elle prétend pouvoir instaurer un mouchard "certifié" (dont l'existence et la faisabilité sont des chimères) sur tous les ordinateurs, mouchard qui par essence ne pourra être adapté aux systèmes libre : les utilisateurs de logiciels libres seront donc discriminés légalement
- 200 000 000€ : c'est son prix estimé par les FAIs. Ne demandez pas au gouvernement d'en évaluer le coût, ce n'est pas leur rôle (sic).
Parfois, on voit des lois difficiles qui sont votées mais dont on comprend l'intérêt en basculant sur un point de vue qui n'est pas le sien. Là, on a à faire à un aveu de stupidité, et notamment de Mme Albanel. Parce-que je suis désolé, mais quand un ministre de la république, de la culture (comme c'est ironique) qui plus est, est infoutu de s'exprimer en français correct, et prononce devant l'hémicycle des mots... comment dire. Ce ne sont même pas des mensonges, c'est le théâtre de l'absurde : elle ne comprend pas ce de quoi elle parle et étale son ignorance sur la place publique, sans complexes.
Pour ceux qui comprennent les mots utilisés dans cette intervention, leur association pique douloureusement les oreilles. Le pire, c'est l'effet de groupe des parlementaires : la dite ministre aurait pu répondre n'importe quoi, ça n'avait pas la moindre espèce d'importance. Tout ce que voit le groupe UMP ce sont ses mandats et indemnités : donc il faut suivre la masse, peu importe le texte. Enfin ces gens là ont été élus, ils doivent savoir de quoi ils parlent : c'est ça aussi la démocratie...
Je tiens à remercier, malgré tout, les députés qui ont voté contre, notamment les quelques courageux de la majorité (qui ne manqueront pas d'être sanctionnés, soyez en sûr). Et plus encore, merci à ceux qui ont pris le temps de comprendre les problématiques complexes soulevées par ce projet de loi. Ceux là rendent hommage à leur fonction. Pour les autres, je n'ai qu'un mot : honte.
Quant au téléchargement illégal, il ne sera pas arrêté par ce texte. On est plus au temps du disque 45 tours, et même moi qui ne suis pas favorable au téléchargement illégal, je suis conscient que les besoins des consommateurs ont changé, l'offre non : ce n'est que logique que les ventes baissent. On appelle ça la loi du marché. J'ai toujours pensé que les marchés parallèles apparaissaient dans deux cas : quand il y a une demande de produits illégaux (e.g. les drogues illégales diverses), et quand un marché est artificiellement entravé par des contraintes perçues comme excessives (e.g. les cigarettes, en raison des taxes qui pèsent dessus, ou encore les radios pirates évoquées dans le récent film "Good morning England").
Bref, pour moi, le présent (je ne parle même pas du futur) de la musique c'est ça :
Et tant d'autres que je ne connais pas, et plus encore à venir. Ce sont des lieux virtuels d'échanges, de découverte, des lieux adaptés aux technologies actuelles.